15.06.2014

Des Pradéens au débarquement sur les plages normandes

D'origine normande, le chemisier habilleur de l'avenue du Général-de-Gaulle vivait à Isigny, lorsque les soldats américains ont débarqué en France le 6 juin 44. Témoignage.

RENOUF 2.jpg

Pour commémorer le 70e anniversaire du débarquement Georges et Françoise Renouf ont décoré la vitrine de leur magasin de chemises de coupures de presse et d'objets de l'époque.  PHOTO/J.-L. B.

Jeudi soir, Georges et Françoise Renouf avaient les yeux rivés au ciel. Tétanisés par l'émotion. Comme des centaines de milliers autres spectateurs, massés ce soir-là tout au long des 80 km de côtes du débarquement, ils n'ont pas prononcé un mot, lorsque le silence, soudain, est revenu. Pendant plusieurs dizaines de minutes, un véritable déluge de feu s'était abattu au-dessus de l'Atlantique. Transformant la voûte céleste en un gigantesque brasier pour le bouquet final des 24 spectacles pyrotechniques donnés à l'occasion du lancement des cérémonies commémoratives du 70e anniversaire du Jour le plus long. Françoise, originaire de Mortain, avait quatre ans.

Georges, natif d'Isigny-sur-Mer, six. "Je m'en rappelle comme si c'était hier, confie le chemisier habilleur du centre-ville de Prades. Le 4 juin, c'était le jour de la communion solennelle de ma sœur Jacqueline. Le lendemain, lors de la messe d'action de grâce, l'abbé Lecoq, le curé d'Isigny, nous a signifié qu'il fallait vite que l'on rentre chez nous. Que l'on parte le plus vite possible. Il faisait partie de la résistance. A six heures du matin, tous les navires ont bombardé la côte. Alors nous avons pris des couvertures et nous sommes partis".

georges renouf,francoise renouf,prades66500

Trois jours durant, la famille Renouf va errer sur les routes. Se réfugiant dans les fossés. "Nous étions vraiment en première ligne. Qu'est-ce qu'on a pu en avaler comme terre ! La nuit, on voyait les avions en flamme. Nous étions morts de trouille". Impossible de fuir ailleurs. Et puis, pour aller où ? "La gare où mon père était cheminot avait été détruite. Les trains ne circulaient plus. Le 9 juin, il est allé voir si nous pouvions rentrer chez vous. Lorsqu'il est revenu, cigarette américaine aux lèvres, nous avons alors aussitôt été rassurés. Une bombe était tombée dans le jardin. Mais la maison n'avait pas été touchée."

L'odeur âcre des cigarettes Camel

georges renouf,francoise renouf,prades66500Pour Georges Renouf et son frère Claude, de trois ans son cadet, les jours qui suivent resteront à tout jamais gravés dans leur mémoire. Pendant plus d'une semaine, ils assistent médusés aux convois des "GI's" qui défilent sur le Nationale 13 entre Cherbourg et Paris. Les images défilent. S'entrechoquent en de saccadés flash-back en cinémascope. Il y a ces paquets de cigarettes distribués à la volée. "Avec Claude, on en a rempli deux tables de nuits". Cette première cigarette qu'on lui fait fumer. "J'ai été malade comme un chien. L'odeur du tabac blond des 'Camel' m'y refait encore penser". Ces armes et munitions traînant un peu partout.

"Il n'y avait qu'à se baisser pour ramasser douilles de balles et d'obus. J'ai même récupéré un casque". Tous ces soldats américains aussi. Ces extraterrestres débarqués d'une autre planète. Il se remémore "ces pilotes venus à la maison se réfugier. Il y avait un grand noir baraqué. Nous n'avions jamais vu ça. Pour nous, c'était totalement exotique". Ou ces séances de jeu improvisées sur la tourelle d'une DCA. "À côté, il y avait un soldat mort dans une jeep".

Georges Renouf se rappelle également très bien de la visite du général de Gaulle à Isigny : "Il me semblait que c'était un géant". Clin d'œil de l'histoire. Le voilà aujourd'hui installé depuis 1981 au n° 151 de l'avenue pradéenne qui porte le nom du "Grand Charles".

Membres de l'association Les fleurs de la mémoire, Georges et Françoise Renouf avaient déjà assisté au 50e et 60e anniversaire du débarquement. Hors de question pour eux de ne pas être présents au 70e.

Jeudi, avant d'assister au feu d'artifice, ils sont allés se recueillir et déposer un bouquet de fleurs des champs sur la tombe du soldat C. Reynolds. Un "GI's" de l'Illinois tombé sur le sol normand de France le 17 septembre 1944. Il repose depuis dans le cimetière Saint-James près d'Avranches.

Pour l'éternité. Au nom de la liberté. 

Article signé de J.L. Bobin paru dans l' Indépendant du 8 juin

01:00 Publié dans infos diverses | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : georges renouf, francoise renouf, prades66500 | |  Imprimer | |  Facebook | |

Les commentaires sont fermés.